La 59e session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies s'est tenue du 16 juin au 9 juillet 2025. La session ne s’est pas tenue en format hybride, car l’Assemblée générale des Nations Unies n’a pas renouvelé le mandat autorisant la participation à distance. Face à l’aggravation de la crise de liquidités des Nations Unies, le Conseil a adopté des mesures urgentes pour garantir la poursuite de ses travaux, notamment en réduisant seize réunions d’ici la fin de l’année. Concrètement, la session a dû être réorganisée : elle s’est tenue sur un nombre de jours réduit et des négociations ont été menées autour des nouvelles modalités de travail. Lors de cette session, la durée des échanges formels et élargis a été limitée à 1 heure et 30 minutes, ne laissant que 15 minutes pour les déclarations des ONG.
Vous trouverez ci-dessous des informations sur certaines des principales questions liées aux droits sexuels :
Actualités à la une
Plaidoyer ferme à la 59e session du CDH pour les questions de genre, sexualité et droits humains face aux offensives protectionnistes
Le 59e session du CDH intervient à un moment où l'écosystème mondial des droits humains fait face à une crise multidimensionnelle. Le système destiné à protéger les droits humains n'est pas seulement attaqué, mais aussi au bord de perdre sa légitimité et sa crédibilité. L’absence de responsabilité face au génocide en cours à Gaza, la régression des normes relatives aux droits humains et la crise de liquidité de l’ONU ont réduit les espaces pour les militant·es et la société civile. Nous nous joignons à ceux qui ont exprimé leur profonde inquiétude quant à la situation financière de l'ONU tout au long de la session, et nous dénonçons le défaut de paiement des contributions par certains États qui paralyse le système. Pourtant, nous persistons, parce que déserter n'est pas une option, et parce que pour nombre d'organisations locales, ces arènes restent vitales pour la reddition de comptes.
Dans ce contexte de crise multilatérale, il peut être tentant de concentrer les analyses sur les attaques croissantes contre les droits sexuels, souvent menées au nom d’une conception restrictive des droits humains, réservée à une minorité jugée « respectable ». Ces tentatives incluent notamment des efforts visant à restreindre l’analyse des droits humains et des violences à une lecture strictement biologique du « sexe », au détriment des droits des personnes trans et des actions visant à s’attaquer aux causes structurelles des violences basées sur le genre. Les initiatives en cours visant à renforcer les interventions protectionnistes sapent l’autonomie, le consentement et les revendications des personnes concerné·e·s, notamment les travailleur·euse·s du sexe, les personnes trans et d’autres groupes ciblés en raison de leur non-conformité aux normes patriarcales. Il est impératif que toutes les parties prenantes respectent le principe d'universalité, rejettent le protectionnisme sous toutes ses formes et favorisent une solidarité et des partenariats significatifs qui transcendent nos cloisonnements organisationnels.
En dépit de ce contexte de crise, la 59e session du Conseil des droits de l’homme a aussi été un moment fort de mobilisation et de résistance :
- Deux événements parallèles centrés sur le travail sous un regard féministe. Le premier événement a mis en lumière les préjudices causés par la confusion entre travail du sexe et traite des êtres humains, tant pour les droits humains, les droits du travail et le droit du travail des travailleur·euse·s du sexe que pour les victimes de la traite. Il a rassemblé des activistes des travailleur·euse·s du sexe et de la lutte contre la traite ainsi que la Rapporteuse spéciale sur la traite. Les intervenant·e·s ont souligné l’importance de dépénaliser le travail du sexe, de le reconnaître comme un travail légitime ouvrant l’accès aux droits des travailleur·euse·s et de garantir des voies migratoires sûres ainsi qu’un droit de séjour durable. Ils et elles ont insisté sur la nécessité de travailler en partenariat avec les organisations dirigées par des travailleur·euse·s du sexe, acteur·rice·s incontournables dans la lutte contre la traite et dans les processus de décision. Le deuxième événement parallèle, organisé par l’AWID, a plaidé pour une approche fondée sur les droits humains afin de répondre à la précarité du travail genré dévalorisé, notamment le travail de soin aux personnes, le travail domestique et le travail du sexe. Dans son intervention, Pooja Badarinath (SRI) a critiqué la compartimentation des droits du travail et des droits humains au sein des Nations Unies, ainsi que les limites des approches strictement individualistes du genre et du travail. Elle a plaidé pour des propositions féministes en faveur de la justice économique et de la redistribution des ressources, en rupture avec les politiques d’austérité et les privatisations qui fragilisent le financement public et les services des États. Vous trouverez ci-dessous de plus amples informations sur ces deux événements ainsi que sur d'autres événements auxquels la SRI a participé.
- « Seuls les droits peuvent mettre fin aux injustices : Une manifestation pour les droits des travailleur·seuses du sexe » a célébré l’héritage puissant du militantisme pour les droits des travailleur·euse·s du sexe et les victoires durement acquises, tout en rappelant que la lutte pour la reconnaissance de leurs droits reste plus que jamais d’actualité.
- Les délégué·e·s des travailleuses du sexe ont pris la parole lors des échanges officiels pour inscrire la lutte contre le féminicide et les violences sexistes dans celle, plus large, pour les droits des travailleuses du sexe. Les intervenant·e·s ont dénoncé les méfaits des approches dites « protectrices », fondées sur des cadres moraux, y compris dans le contexte des technologies numériques. Les orateur·rice·s ont aussi souligné les conséquences néfastes, pour les personnes trans et de genre divers, des analyses de la violence fondées sur le « sexe biologique » et sur le refus de reconnaître l’autonomie, le consentement et la capacité d’agir des femmes. Les délégué·e·s ont rappelé la nécessité de faire des travailleur·euse·s du sexe une priorité dans les réponses à la violence sexiste en contexte de conflit. Elles et ils ont exprimé leur solidarité avec les travailleuses domestiques migrantes et ont appelé à la reconnaissance du travail domestique et du travail du sexe comme activités professionnelles à part entière, condition nécessaire pour garantir l’accès à la justice, aux droits du travail et prévenir la traite.
Au-delà des amalgames : Pour une approche de la traite et du travail du sexe fondée sur les droits humains
Événement parallèle de la SRI lors de la 59e session du Conseil des droits de l’homme (CDH), organisé en collaboration avec le Réseau mondial de projets sur le travail du sexe (NSWP), l’Alliance mondiale contre la traite des femmes (GAATW), l’Alliance européenne pour les droits des travailleur·euse·s du sexe (ESWA), FIZ : Centre de conseil pour la traite des femmes et la migration féminine, Tiyane Vavasate, et l’Alliance caribéenne des travailleur·euse·s du sexe. Il était coparrainé par Urgent Action Fund, SWAN, APC, CREA, ICJ, AWID, ILGA, IPPF, La Strada International, GATE, Women Deliver, Akahata, Just Futures Collaborative, Amnesty International, Wo=Men, Our Voices Our Future et Action Canada for Sexual Health and Rights.
Résolutions relatives aux droits sexuels
Accélérer les efforts en faveur de l'autonomisation économique des femmes : A/HRC/59/25/Rev.1
Présentée par le Kirghizistan, la République dominicaine, la République de Moldova, la Sierra Leone et le Royaume-Uni. Elle était coparrainée par 27 autres pays en date du 7 juillet 2025. La résolution a été adoptée par consensus.
La résolution met en lumière les inégalités persistantes auxquelles les femmes sont confrontées, notamment la pauvreté, les écarts de rémunération, la charge des soins non rémunérés, les obstacles juridiques, les discriminations, le manque d’accès aux ressources et leur sous-représentation dans les processus décisionnels ainsi que dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). Elle reconnaît que les obstacles structurels, les stéréotypes, la violence et le manque d'accès aux services de santé, à l'éducation et aux services financiers limitent considérablement la participation économique des femmes. Fait notable, la résolution souligne que l’existence de socles de protection sociale et l’accès à ceux-ci sont essentiels pour parvenir à l’égalité de genre. La résolution appelle les États à analyser comment les politiques d’ajustement structurel, d’endettement, de fiscalité et les accords commerciaux affectent les femmes et les filles, et à repenser ces politiques pour rendre réelle l’autonomisation économique. C’est une avancée importante pour reconnaître les freins systémiques qui empêchent l’égalité économique. Le texte souligne que surmonter ces obstacles, notamment par des systèmes de protection sociale sensibles au genre et un accès équitable aux ressources naturelles, est essentiel pour le développement durable et l’éradication de la pauvreté.
La résolution exhorte les États à prendre des mesures concrètes pour éliminer les obstacles juridiques, sociaux et économiques à l'autonomisation économique des femmes. Elle appelle à l’égalité salariale, à l’accès aux services financiers, aux droits fonciers et à des conditions de travail décentes ainsi qu’au renforcement de la protection contre les violences et les discriminations fondées sur le genre. Elle demande de promouvoir les investissements dans les services de prise en charge, la protection sociale universelle, la budgétisation sensible au genre, l’éducation permanente, les compétences numériques, ainsi que la représentation égalitaire dans les postes de direction et les processus décisionnels. Les États sont encouragés à réformer les programmes d'enseignement afin d'éliminer les stéréotypes, à soutenir les femmes entrepreneurs, à réduire la fracture numérique entre les genres et à garantir des systèmes de retraite inclusifs. Fait important, la résolution insiste également sur la responsabilité du secteur privé et l’amélioration de la collecte de données, et demande qu’un rapport des Nations Unies soit élaboré sur les effets des accords commerciaux en matière d’égalité de genre.
Regarder la discussion et l’adoption.
Accélérer les efforts pour éliminer toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles, en privilégiant la prévention par la garantie des droits économiques, sociaux et culturels : A/HRC/59/L.24/Rev.1, tel que révisé oralement
Présentée par le Canada et coparrainée par 15 autres pays en date du 8 juillet 2025. La résolution a été adoptée par consensus.
Le texte reconnaît les formes imbriquées et systémiques de discrimination, ainsi que les liens entre la pauvreté, le changement climatique, l’absence de protection sociale, le logement insuffisant, l’insécurité alimentaire, l’accès limité à l’éducation, des services de santé inadéquats, et le risque accru de violences sexistes. La résolution reconnaît avec force que la jouissance pleine et entière de tous les droits humains par toutes les femmes et toutes les filles comprend les droits sexuels et reproductifs, exercés librement, à l’abri de toute coercition, discrimination ou violence.
Elle souligne le rôle transformateur des droits économiques, sociaux et culturels, notamment le travail décent, la protection sociale, l’accès au logement, à l’éducation, à la santé (en particulier la santé sexuelle et reproductive), pour agir sur les causes profondes des violences et en prévenir l’apparition. Le texte souligne la nécessité de remettre en cause les systèmes patriarcaux, de garantir l’implication de la société civile, ainsi que de protéger la liberté d’expression en ligne et hors ligne pour prévenir et lutter contre les violences à l’égard des femmes et des filles tout au long de leur vie.
La résolution souligne la nécessité urgente de s'attaquer à ses causes profondes multiples et interdépendantes. Les États sont appelés à prendre des mesures immédiates et efficaces pour prévenir et éliminer les violences en garantissant la participation égalitaire des femmes et des filles aux processus décisionnels, en renforçant les cadres juridiques, en assurant les droits économiques et sociaux, en favorisant des espaces publics sécurisés, en protégeant le droit au logement, en développant une éducation inclusive (y compris une éducation sexuelle complète), en réduisant la fracture numérique, et en garantissant le droit à la santé, notamment à la santé sexuelle et reproductive. La résolution exhorte les États à garantir l'égalité d'accès à la justice, à soutenir les victimes et les survivantes par des mesures de réparation et des services accessibles et à assurer la participation significative de la société civile et des organisations de défense des droits des femmes.
Au total, 9 amendements ont été déposés. Six, présentés par la Russie, ont été retirés, et les trois autres ont été rejetés par vote. Les amendements examinés sont présentés ci-dessous :
- Remplacer « éducation sexuelle complète » par « éducation adaptée à l’âge », tenant compte du contexte culturel et de l’accompagnement parental, et supprimer une mention de l’éducation sexuelle, amendement présenté par le Bahreïn (au nom du Groupe des États arabes), rejeté par 27 voix contre, 13 pour et 6 abstentions.
- Remplacer les références aux « droits sexuels et reproductifs » par un langage plus large englobant la santé physique et mentale, incluant la santé sexuelle et reproductive, amendement présenté par le Bahreïn (au nom du Groupe des États arabes), rejeté par 27 voix contre, 13 pour et 5 abstentions.
- Remplacer « autonomie corporelle » par « intégrité personnelle », amendement présenté par le Bahreïn (au nom du Groupe des États arabes), rejeté par 26 voix contre, 13 pour et 7 abstentions.
Regarder la discussion et l’adoption.
Mandat du Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles : A/HRC/59/L.18/Rev.1
Présentée par le Mexique et le Chili, et coparrainée par 14 autres pays en date du 7 juillet 2025. La résolution a été adoptée par consensus.
La résolution exprime sa profonde préoccupation face à la persistance de formes multiples et croisées de discrimination dans le monde entier, y compris celles exacerbées par les technologies numériques et souligne que la discrimination à l'égard des femmes et des filles viole les principes d'égalité et de non-discrimination. Le Conseil salue le travail accompli par le Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, et décide de prolonger son mandat de trois ans. Il invite les États à coopérer pleinement en fournissant les informations nécessaires et en facilitant les visites sur le terrain. Il encourage également la participation des instances onusiennes, de la société civile, des peuples autochtones et du secteur privé. Par ailleurs, il demande que le Groupe bénéficie d’un soutien, de ressources et d’un suivi continus afin qu’il puisse remplir efficacement son mandat, en faisant de l’élimination de la discrimination envers les femmes et les filles une priorité constante lors des prochaines sessions du Conseil.
Regarder la discussion et l’adoption.
L’année 2025 marque le 15ᵉ anniversaire du Groupe de travail, créé en 2010 par la résolution 15/23 du Conseil des droits de l’Homme. Depuis lors, le Groupe de travail a apporté d'importantes contributions aux normes et standards relatifs aux droits humains en matière de genre et de sexualité. Parmi ces rapports, on trouve ceux qui abordent la santé, la sécurité et la manière dont les corps des femmes sont instrumentalisés ; la situation des femmes privées de liberté ; la crise des droits sexuels et reproductifs ; les inégalités de genre face à la pauvreté ; ainsi que, plus récemment, les systèmes de soins et d’accompagnement.
Le Groupe de travail a également publié des orientations importantes sur les droits des travailleur·euse·s du sexe, rejoignant ainsi d’autres mandats qui appellent à la décriminalisation complète du travail sexuel volontaire des adultes, ainsi qu’à la garantie de l’ensemble des droits des travailleur·euse·s du sexe, y compris leurs droits du travail.
Dans son récent document d’orientation sur l’égalité de genre réelle et concrète, le Groupe de travail dénonce les tentatives de réduire les discriminations à une simple question de « sexe biologique ». Il critique notamment les discours qui présentent certaines caractéristiques biologiques des femmes comme des fardeaux ou comme des sources naturelles de vulnérabilité. Au contraire, il affirme que ces vulnérabilités ne découlent pas de la biologie elle-même, mais des interprétations sociales, culturelles et politiques de ces différences.
Autonomisation des femmes et des filles dans le sport et par le sport : A/HRC/59/23/Rev.1
Présentée par le Qatar, l'Indonésie et le Maroc, et coparrainée par 19 autres pays au 7 juillet 2025. La résolution a été adoptée par consensus.
La résolution souligne l'importance de l'autonomisation des femmes et des filles par le sport. Toutefois, la résolution n’exploite pas pleinement son potentiel et ne s’attaque pas aux obstacles persistants, car elle ne s’appuie ni sur la résolution précédente du Conseil des droits de l’homme sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et des filles dans le sport, ni sur le rapport ultérieur du Haut-Commissariat aux droits de l’homme portant sur les discriminations croisées fondées sur la race, le genre dans le domaine sportif, pourtant mandaté par cette même résolution. En conséquence, la résolution échoue à aborder les discriminations systémiques à l’œuvre dans de nombreux sports d’élite, notamment les discriminations fondées sur le genre et la race, déjà mises en lumière dans le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, ainsi que dans la contribution et la déclaration de la SRI sur ce même rapport.
Elle souligne le rôle du sport dans la promotion de l'égalité, de la santé et de l'éducation, tout en s'attaquant aux défis persistants tels que la discrimination, la sous-représentation, la violence et les obstacles auxquels sont confrontées les femmes et les filles, y compris celles qui ont un handicap. La résolution appelle les États et les organisations sportives à promouvoir l'égalité des genres dans le sport en renforçant la participation, en luttant contre la discrimination, en garantissant des environnements sûrs, en s'attaquant aux écarts de rémunération, en augmentant le nombre de femmes occupant des postes de direction et en améliorant la représentation dans les médias. La résolution prévoit également l'organisation d'une table ronde et la rédaction d'un rapport afin de poursuivre ces efforts.
Regarder la discussion et l’adoption.
Accès aux médicaments, vaccins et autres produits de santé dans le cadre du droit de toute personne à jouir du meilleur état possible de santé physique et mentale : A/HRC/59/L.8
Présentée par le Brésil, le Bangladesh, la Chine, l'Égypte, l'Inde, l'Indonésie, le Sénégal, l'Afrique du Sud et la Thaïlande, et coparrainée par 22 autres pays en date du 7 juillet 2025. La résolution a été adoptée par vote. Le vote a été demandé par la Tchéquie et a abouti à 32 voix pour, 15 abstentions et aucune opposition. Il s'agit du premier vote sur cette résolution depuis 2013, celle-ci ayant été précédemment adoptée par consensus.
Il est très préoccupant de constater que, même après une pandémie mondiale, certains États continuent de faire passer les droits de propriété intellectuelle avant les droits des personnes et que les multinationales et leurs profits restent mieux protégés que les droits humains.
La résolution réaffirme le droit fondamental à la santé en soulignant que l’accès équitable aux médicaments, vaccins et technologies de santé est indispensable pour parvenir à une couverture santé universelle et atteindre les Objectifs de développement durable. Elles mettent en évidence les disparités exacerbées par la pandémie de COVID-19, le fardeau de maladies telles que la tuberculose et le VIH/sida, et la nécessité de renforcer les systèmes de santé, la production locale et la coopération internationale. La résolution rappelle les engagements antérieurs, notamment la Déclaration de Doha sur les ADPIC et la santé publique. Elle insiste sur l’importance de lever les obstacles tels que les contraintes liées à la propriété intellectuelle, les coûts élevés et les fragilités des chaînes d’approvisionnement qui limitent l’accès des populations les plus marginalisées aux produits de santé essentiels.
Elle invite les États à assurer un accès juste et rapide aux produits de santé, en tirant parti des marges de manœuvre offertes par l’Accord sur les ADPIC, en encourageant la production locale et en renforçant la coopération internationale. Le texte exhorte à dissocier la recherche et le développement de la fixation des prix, soutient le transfert de technologies et souligne le rôle des mécanismes de financement innovants. La résolution demande au Haut-Commissariat aux droits de l'homme d'analyser en profondeur les obstacles à l'accès aux soins et impose des rapports de suivi rigoureux.
Regarder la discussion et l’adoption.
Mise en œuvre des activités mandatées par le Conseil des droits de l'homme dans le contexte de la crise de liquidité et financière des Nations Unies : A/HRC/59/L.37
La décision A/HRC/59/L.37, présentée par le président du Conseil des droits de l'homme, traite des graves perturbations causées par la crise financière et de liquidités que traverse actuellement l'Organisation des Nations Unies. La décision fait part de ses inquiétudes à propos de l’évaluation du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, qui indique que de nombreuses activités mandatées, parmi lesquelles des rapports essentiels, des tables rondes et des ateliers, risquent de ne pas pouvoir être réalisées en 2025 ou 2026 en raison du manque de financements. Ces activités couvrent un large éventail de questions relatives aux droits de l'homme, telles que les droits des personnes handicapées, les mesures coercitives unilatérales, l'hygiène menstruelle et le VIH/sida. Le Conseil demande une plus grande transparence dans la prise de ces décisions et sollicite des évaluations actualisées afin de déterminer si certaines initiatives peuvent encore être menées à bien.
Cela reflète des défis systémiques plus larges au sein de l’ONU où les retards ou impayés des contributions des États membres ont entraîné une crise de liquidité chronique. Cette instabilité financière impose des choix de priorisation difficiles, les programmes liés aux droits humains étant souvent relégués au second plan au profit d’impératifs opérationnels jugés plus urgents. L'annulation de ces activités mandatées affaiblit la capacité du Conseil à remplir son mandat, alors même que les conflits mondiaux et les répressions autoritaires s'intensifient. Faute de financements fiables, la mécanique des droits humains de l’ONU risque de devenir de plus en plus symbolique, au détriment de son efficacité réelle. Cette situation soulève des questions urgentes quant à l’engagement des États membres à respecter leurs obligations financières et morales inscrites dans la Charte des Nations Unies.
Elle a été adoptée par consensus. Regarder la discussion et l’adoption.
Élimination des mutilations génitales féminines : A/HRC/59/L.22
Présentée par le Ghana (au nom du Groupe des États africains) et coparrainée par 19 autres pays en date du 7 juillet 2025. La résolution a été adoptée par consensus.
La résolution condamne les mutilations génitales féminines comme une violation des droits humains et appelle à une mobilisation mondiale. La résolution souligne les graves conséquences sur la santé des mutilations génitales féminines, leur lien avec les inégalités de genre, et les dangers de la désinformation en ligne, mais elle reconnaît aussi le potentiel de prévention des technologies. Les États sont invités à interdire les mutilations, à protéger les personnes survivantes, à mettre en place des campagnes de sensibilisation numériques, à réduire la fracture numérique entre les genres et à garantir la participation des femmes aux décisions politiques. La résolution mandate également la création d’un groupe d’expert·e·s de haut niveau chargé d’explorer les solutions numériques et les mesures de protection, en insistant sur la coopération internationale et le financement nécessaires pour mettre fin aux mutilations génitales féminines d’ici 2030.
Regarder la discussion et l’adoption.
Autres résolutions importantes
- Renforcement de la coopération internationale dans le domaine des droits humains (Ouganda, au nom du Mouvement des pays non alignés) : A/HRC/59/L.4
- Les droits à la liberté de réunion pacifique et d'association (Tchéquie, Chili, Islande, Indonésie, Lituanie, Maldives) : A/HRC/59/L.5
- L'impact négatif de la corruption sur la jouissance des droits de l'homme (Roumanie, Maroc, Norvège, Pérou, République de Corée, Tunisie, Maroc, Argentine, Autriche, Brésil, Équateur, Éthiopie, Indonésie, Pologne, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord) : A/HRC/59/L.6
- Droits humains et solidarité internationale (Cuba) :A/HRC/59/L.9
- Le Forum social (Cuba) :A/HRC/59/L.10
- Le droit à l'éducation (Portugal) : A/HRC/59/L.11
- Contribution du développement à la jouissance de tous les droits de l'homme (Chine, Cameroun, Pakistan) : A/HRC/59/L.12
- Espace de la société civile (Irlande, Chili, Japon, Sierra Leone, Tunisie) : A/HRC/59/L.13
- Nouvelles technologies numériques émergentes et droits de l'homme (République de Corée, Autriche, Brésil, Danemark, Maroc, Singapour) : A/HRC/59/L.14
- Mandat de la Rapporteuse spéciale sur les droits de l'homme des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (Autriche, Honduras, Ouganda) : A/HRC/59/L.15
- Impact des transferts d'armes sur les droits de l'homme (Équateur, Pérou) : A/HRC/59/L.16
- Droits humains et changements climatiques (Bangladesh, Philippines, Vietnam) : A/HRC/59/L.17
- Renforcer la coopération internationale, l’assistance technique et le renforcement des capacités pour consolider les cadres nationaux de protection et d’émancipation des enfants dans l’espace numérique (Arabie saoudite, Algérie, Azerbaïdjan, Koweït, Pakistan, Viêt Nam) : A/HRC/59/L.19/Rev.1
- Sécurité des journalistes (Autriche, Brésil, France, Grèce, Maroc, Qatar, Tunisie) : A/HRC/59/L.20
Discussions relatives aux droits sexuels
Discussion annuelle d'une journée sur les droits fondamentaux des femmes
Discussion thématique 1 : Violences basées sur le genre contre les femmes et les filles dans les contextes de conflit, post-conflit et humanitaire
La table ronde a mis en lumière l’usage généralisé de la violence liée au genre comme arme de guerre et outil d’oppression dans les crises à travers le monde. La discussion a souligné l’urgence de renforcer la mise en œuvre des cadres de droits humains, d’améliorer la responsabilité des auteur·rice·s, y compris les acteurs non étatiques, et d’assurer une inclusion réelle des femmes dans la construction de la paix et la reconstruction post-conflit.
Regarder le débat sur UN Web TV. Une déclaration d’un·e membre de la délégation des travailleur·euse·s du sexe a été faite lors de la table ronde, que vous pouvez visionner ici.
Discussion thématique 2 : Célébration de la Journée internationale des femmes en diplomatie : Surmonter les obstacles au leadership féminin dans les processus de paix
La table ronde commémorant la Journée internationale des femmes en diplomatie a porté sur les obstacles persistants qui entravent l’exercice par les femmes d’un leadership pleinement exercé, égalitaire et significatif dans les processus de paix et de sécurité à l’échelle mondiale. La discussion a mis en lumière des données préoccupantes sur la sous-représentation des femmes dans les négociations et les accords de paix, souligné l’impact transformateur de leur participation à une paix durable, et appelé les États ainsi que les organismes internationaux à renforcer leurs engagements, financements et mesures de protection afin de garantir que les femmes, dans toute leur diversité, puissent diriger et façonner les processus de paix en toute sécurité et efficacité.
Déclarations des délégué·e·s travailleuses du sexe
- Déclarations de Mimi Aum Neko d’ACCEPTESS-T (également disponibles en français) et de Karina Bravo (également disponibles en espagnol) lors des échanges officiels avec la Rapporteuse spéciale sur la traite des personnes, commentant son rapport sur les travailleuse·eur·s domestique·s migrante·s. Regarder les échanges, la déclaration de Mimi et celle de Karina sur l’UN Web TV.
- Déclaration de Precious Msindo lors du premier panel de la journée annuelle consacrée aux droits des femmes, centrée sur la lutte contre la violence liée au genre à l’encontre des femmes et des filles en zones de conflit, post-conflit et en contexte humanitaire. Regarder la table ronde et la déclaration sur UN Web TV.
- Déclarations de Phelister Abdalla (NSWP & KESWA), Trajche Janushev (SWAN) et Sabrina Sanchez (ESWA) lors des échanges officiels avec la Rapporteuse spéciale sur la violence à l’égard des femmes et des filles.
Déclarations orales de la SRI
- Déclaration de la SRI (également disponible en espagnol) lors de l’échange formel avec la Rapporteuse spéciale sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, commentant son rapport sur l’impact du cycle électoral exceptionnel de 2023-2025 sur ces libertés fondamentales. Malheureusement, la déclaration n'a pas pu être prononcée en raison du temps de parole limité accordé aux ONG. Regarder la première et la deuxième parties des échanges formels sur l’UN Web TV.
- Déclaration de la SRI (également disponible en espagnol) lors de l’échange formel avec le Groupe de travail sur les entreprises transnationales et autres entreprises commerciales, commentant son rapport sur l’intelligence artificielle. Malheureusement, la déclaration n'a pas pu être prononcée en raison du temps de parole limité accordé aux ONG. Regarder les échanges formels sur l’UN Web TV.
- Déclaration de la SRI lors des échanges formels avec la Rapporteuse spéciale sur la santé, commentant son rapport sur les travailleur·euse·s de la santé et du soin en tant que défenseur·e·s du droit à la santé. Malheureusement, la déclaration n'a pas pu être prononcée en raison du temps de parole limité accordé aux ONG. Regarder la première et la deuxième parties des échanges formels sur l’UN Web TV.
- Déclaration de la SRI (également disponible en espagnol) lors de l’échange formel avec le Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, en réaction à leur rapport sur les dimensions genrées des systèmes de soin et de soutien. Regarder la première et la deuxième parties de l’échange formel, ainsi que notre déclaration sur UN Web TV.
Déclarations orales conjointes
- Nous avons également fait une déclaration conjointe avec le Center for Reproductive Rights (aussi disponible en espagnol) lors des échanges formels avec la Rapporteuse spéciale sur le droit à la santé, commentant son rapport sur les travailleur·euse·s de la santé et du soin en tant que défenseur·e·s du droit à la santé. Regarder la première et la deuxième parties de l’échange formel, ainsi que notre déclaration conjointe sur UN Web TV.
Conclusions de l’EPU
La 59ᵉ session a notamment vu l’adoption des conclusions concernant les pays examinés lors de la 48ᵉ session du Groupe de travail de l’Examen périodique universel, qui s’est tenue du 20 au 31 janvier 2025. Le Conseil a adopté l'ensemble des 14 conclusions issues des examens des pays suivants : Italie, Gambie, Fidji, Kazakhstan, Iran, Salvador, Bolivie, Saint-Marin, Angola, Madagascar, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Irak et Égypte.
La SRI a collaboré avec des organisations et militant·e·s pour préparer des rapports destinés aux examens de l’Examen périodique universel (EPU) concernant l’Angola, la Bolivie et la Bosnie-Herzégovine.
Nous avons fait une déclaration conjointe avec Ondjango Feminista à l’occasion de l’adoption des conclusions de l’EPU de l’Angola. Regarder l'adoption ici. Lors de l’adoption des conclusions de l’EPUUPR de la Bolivie, nous avons fait une déclaration conjointe avec IGUAL Bolivia, Diverse Trans Men from Bolivia, et le Réseau des Plaidant·e·s LGBTI des Amériques. Regarder l'adoption. Nous avons également fait une déclaration conjointe avec le Sarajevo Open Centre à l’occasion de l’adoption des conclusions de l’EPU de la Bosnie-Herzégovine.
Événement parallèle de la SRI
Au-delà des amalgames : Pour une approche de la traite et du travail du sexe fondée sur les droits humains
Organisé par la Sexual Rights Initiative, en collaboration avec le Réseau mondial des projets sur le travail du sexe (NSWP), l’Alliance mondiale contre la traite des femmes (GAATW), l’Alliance européenne pour les droits des travailleur·euse·s du sexe (ESWA), FIZ Fachstelle Frauenhandel und Frauenmigration, Tiyane Vavasate, et l’Alliance caribéenne des travailleur·euse·s du sexe. Il était coparrainé par Urgent Action Fund, SWAN, APC, CREA, ICJ, AWID, ILGA, IPPF, La Strada International, GATE, Women Deliver, Akahata, Just Futures Collaborative, Amnesty International, Wo=Men, Our Voices Our Future et Action Canada for Sexual Health and Rights.
Cet événement parallèle a rassemblé des voix du monde entier pour remettre en question l'amalgame largement répandu entre le travail sexuel consensuel et la traite des êtres humains. Les intervenant·e·s ont souligné comment l'idée fausse selon laquelle tout travail sexuel relève de la traite alimente des stéréotypes néfastes, met en danger les droits des travailleur·euse·s du sexe et sape les efforts réels de lutte contre la traite. Le travail sexuel, en tant qu'échange consensuel de services sexuels entre adultes, est une source de revenus pour des millions de personnes dans le monde et doit être reconnu comme un travail légitime.
La discussion a aussi montré que les États continuent de voir la traite et la migration principalement comme des problèmes de sécurité, privilégiant les mesures policières, alors même qu’ils prétendent adopter une approche fondée sur les droits humains, souvent en façade seulement. Cette approche sécuritaire renforce la stigmatisation et la discrimination, en particulier à l'égard des femmes migrantes, et ignore les causes profondes des conditions de travail dangereuses dans de nombreux secteurs. Les intervenant·e·s ont appelé à des politiques fondées sur le consentement, l’autonomie corporelle et la reconnaissance que la migration sécurisée et le travail du sexe ne sont pas des problèmes à éradiquer, mais des réalités à protéger au travers de cadres fondés sur les droits.
Intervenants :
- Shaunna-May Trotman : Alliance caribéenne des travailleur·euse·s du sexe
- Julia Vilanculos : Tiyane Vavassate
- Solé : FIZ Fachstelle Frauenhandel und Frauenmigration
- Siobhán Mullally : Rapporteuse spéciale sur la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants
Modérée par Jules Kim : Réseau mondial des projets sur le travail sexuel
Événements parallèles co-parrainés par la SRI
Une approche fondée sur les droits humains pour répondre à la précarité du travail genré dévalorisé
Cet événement mets en lumière la précarité du travail genré, souvent dévalorisé, sous-payé ou totalement invisibilisé et non rémunéré, en l’inscrivant dans le contexte actuel du paradigme économique capitaliste et néolibéral. Il s’appuie sur le rapport du Groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles et met l’accent sur les dimensions genrées des systèmes de soins et de soutien pour proposer une redéfinition, une redistribution et une revalorisation du travail.
Nous sommes toujours là : élaborer un manifeste féministe
Women Deliver, Mission permanente de la Colombie auprès des Nations unies à Genève, AWID, ILGA World, IPPF, NSWP et SRI.
L'événement parallèle était modéré par Carrie Shelver, responsable de l'initiative sur les droits sexuels, qui a souligné la crise profonde à laquelle est confronté le système mondial des droits humains. Elle a mis en garde contre le risque que des espaces comme le Conseil des droits de l’homme récupèrent les luttes radicales pour les réduire à des formules acceptables en politique, tout en ignorant les inégalités structurelles à l’origine des injustices. Elle a exhorté les militant·es à rester vigilant·es, à protéger leurs positions politiques, à rejeter les fausses hiérarchies des droits et à construire une véritable solidarité et un changement transformateur fondé sur la survie, les soins et la résistance au pouvoir établi.
Droits humains et travailleur·euse·s migrant·e·s dans les secteurs de la santé et des soins
Cet événement parallèle, organisé par la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le droit à la santé et coparrainé par l’Initiative pour les droits sexuels (SRI), a porté sur les droits humains et les travailleur·euse·s migrant·e·s dans les secteurs de la santé et des soins en explorant leur double rôle à la fois comme bénéficiaires de droits et défenseur·e·s des droits des patient·e·s. La discussion a souligné l’importance d’un recrutement équitable, d’une répartition juste des effectifs ainsi que la nécessité de renforcer la protection des travailleur·euse·s migrant·e·s, notamment par des contrats de travail équitables, la reconnaissance des qualifications et des parcours vers la résidence durable ou la citoyenneté afin de réduire les risques d’exploitation. La discussion a également porté sur les conséquences des conflits et génocides sur le droit à des conditions de travail justes et favorables ainsi que sur le droit à la santé des travailleur·euse·s de la santé et de leurs patient·e·s en mettant particulièrement l’accent sur les situations à Gaza et en Palestine au sens large ainsi que sur les conflits en cours au Soudan et en République démocratique du Congo. La modération était assurée par Anthea Taderara (SRI), qui a souligné les liens étroits entre ce qui se passe au niveau international, ce qui se joue dans les instances de pouvoir nationales et ce qui se vit au quotidien dans les centres de santé locaux.
Le génocide israélien, l’instrumentalisation de l’aide et les déplacements forcés : Protéger les droits du peuple palestinien
Cet événement parallèle a été organisé par le partenaire de la SRI, le Centre de ressources BADIL pour les droits des résident·e·s et réfugié·e·s palestinien·ne·s et animé par Pooja Badarinath. Les expert·e·s de l’ONU, la société civile et les représentant·e·s des États ont condamné le génocide en cours d’Israël, le déplacement forcé des Palestinien·ne·s ainsi que l’instrumentalisation de l’aide comme outils de domination. Les intervenant·e·s ont dénoncé la Gaza Humanitarian Foundation comme un moyen de renforcer le contrôle israélien et ont appelé à des mesures urgentes de responsabilisation au regard du droit international, incluant des sanctions, des embargos sur les armes ainsi que le soutien aux droits des Palestinien·ne·s à leur autodétermination et à la décolonisation. L’événement s’est conclu par des demandes fermes de rétablir une véritable aide humanitaire, de défendre l’UNRWA et de relier la lutte palestinienne aux mouvements décoloniaux mondiaux plus larges. Pour plus d'informations sur l'événement parallèle, consulter le site web de BADIL